Les marchés US au sommet

Les marchés américains atteignent de nouveaux sommets en 2026 — faut-il rester investi, alléger ou sortir ? L'analyse stratégique du Cabinet Amarille.

Michael Erbibou

4/22/20263 min read

Il y a quelque chose d'un peu vertigineux dans les chiffres que les marchés américains affichent en ce mois d'avril. Le S&P 500 et le Nasdaq ont atteint de nouveaux sommets historiques, portés par une saison de résultats d'entreprises qui continue de surprendre favorablement, dans un contexte mondial pourtant alourdi par le choc énergétique et les tensions géopolitiques persistantes. Pour un investisseur européen qui suit l'actualité depuis Paris, ce décalage peut sembler difficile à comprendre.

C'est précisément cette question que nous souhaitons aborder ce mois-ci.


Le premier élément d'explication tient à la structure même des indices américains. Le S&P 500 et le Nasdaq ne sont pas des photographies fidèles de l'économie américaine dans son ensemble. Ils sont massivement pondérés par un nombre restreint de très grandes capitalisations technologiques dont les résultats, les marges et les perspectives de croissance n'ont que peu à voir avec le prix de l'énergie ou la santé du consommateur moyen. Ces entreprises exportent leurs services dans le monde entier, génèrent des revenus en dollars et bénéficient structurellement de la vigueur de la monnaie américaine en période de tensions. C'est ce qui explique qu'elles puissent continuer à progresser quand les marchés européens, beaucoup plus exposés à l'industrie, à l'énergie importée et au cycle économique local, accumulent les difficultés. La zone euro souffre, pénalisée par la dégradation des indicateurs avancés et le ralentissement de la production industrielle, qui a enregistré sa première baisse annuelle depuis un an.

Le second élément est monétaire. Le 10 ans américain s'approche de 4,50 %, et plusieurs membres du FOMC ont signalé qu'ils envisageraient de relever les taux si l'inflation ne fléchissait pas davantage. Dans un autre contexte, des taux aussi élevés pèseraient mécaniquement sur les valorisations boursières. Mais la résilience de l'économie américaine (le PMI manufacturier accélère à 54,0, au plus haut depuis quatre ans) donne aux marchés la conviction que les bénéfices continueront de croître suffisamment vite pour justifier les niveaux actuels. C'est un équilibre fragile, mais c'est celui dans lequel les marchés évoluent aujourd'hui.

Faut-il pour autant conclure que les marchés américains méritent pleinement leur valorisation actuelle et qu'il faut y rester massivement exposé ? Nous ne le pensons pas, et ce pour deux raisons principales.

La première est une raison de concentration. Comme nous l'évoquions dans notre newsletter de janvier, le poids des grandes capitalisations technologiques dans les indices n'a jamais été aussi élevé. Cette configuration amplifie les hausses en période d'euphorie, mais elle amplifie tout autant les corrections quand l'une de ces valeurs déçoit ( comme DeepSeek l'avait illustré de façon spectaculaire en janvier 2025).

Un investisseur qui se contente de répliquer un indice américain n'est pas diversifié : il est très concentré sur un nombre restreint d'entreprises dont les valorisations intègrent des perspectives de croissance qui n'autorisent pratiquement aucune déception.

La seconde est une raison de change. Pour un investisseur dont les dépenses, le patrimoine immobilier et les engagements sont libellés en euros, une exposition massive aux marchés américains en dollars crée un risque de change significatif. Le dollar a certes bénéficié de son statut de valeur refuge depuis le début du conflit au Moyen-Orient, mais une normalisation progressive de la situation, couplée à un différentiel de taux qui se resserrerait, pourrait peser sur la parité. Dans ce contexte, une exposition non couverte au dollar est une position de marché à part entière, pas une diversification neutre.

Ce que nous retenons de cette analyse n'est pas un message de défiance envers les marchés américains, dont les fondamentaux demeurent solides et la capacité d'innovation structurelle indiscutable. C'est un message de mesure. Dans nos allocations, nous maintenons une exposition aux États-Unis, mais de façon sélective, en privilégiant des fonds dont les gérants démontrent une vraie capacité de discrimination entre les valorisations, en évitant une réplication aveugle des indices, et en conservant une diversification géographique réelle qui donne à l'Europe et aux marchés émergents une place proportionnée à leurs perspectives de long terme. Les actions émergentes confirment d'ailleurs leur bonne dynamique sur les dernières semaines, portées par des valorisations encore raisonnables et une demande intérieure qui se consolide progressivement.

Les marchés américains au sommet ne sont pas nécessairement une mauvaise nouvelle. Ils sont une invitation à la rigueur dans la construction des portefeuilles, à ne pas confondre la performance récente d'un marché avec sa capacité à continuer de délivrer cette performance dans les mois et les années qui viennent.

Nous restons bien entendu à votre disposition pour échanger sur les implications de ce contexte pour votre situation patrimoniale personnelle.